Un marocain a écrit ce texte que je trouve d’une grande sagesse

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Vidé depuis le penalty de Diaz. Et même avant. Tellement dégoûté par ce que j’ai lu, entendu, encaissé pendant des semaines. Mais certaines fatigues exigent des mots. Certaines douleurs réclament leur encre.

Théorème de l’absurde footballistique :

On nous accuse de voler la finale.
On offre le penalty. Panenka molle dans les gants de Mendy.
On offre la victoire. Chez nous. Dans notre stade. Devant nos enfants.

On organise la CAN. Tricheurs.
On construit des stades. Arrogants.
On gagne. Voleurs.
On perd volontairement en finale chez nous. Encore suspects.

Il n’y a pas de bonne réponse. Le crime, ce n’est pas ce qu’on fait. Le crime, c’est ce qu’on est.

Le Maroc, c’est le domestique qui rachète la maison du maître. Ça ne se pardonne jamais.

SM Hassan II l’avait tranché : “Il ne faut pas perdre de temps à avancer des arguments de bonne foi face à des gens de mauvaise foi.”

Ce texte n’est donc pas pour eux. C’est pour nous, non pour moi.

Merci à la Fédération, à Lekjaa, à Walid Regragui. Pour ce parcours. Pour avoir transformé 22 joueurs en 37 millions de cœurs battant à l’unisson. Pour nous avoir rappelé qui nous étions quand le monde entier voulait nous faire oublier.

Merci Brahim Diaz. Ta Panenka ratée était le geste le plus éloquent de cette CAN. Tu as choisi de perdre pour qu’ils n’aient plus rien à dire. Ils ont quand même parlé. Mais l’Histoire retiendra.

Et toi, mon pays.

Maghrib. Terre où le soleil vient mourir chaque soir pour renaître ailleurs. Carrefour de tous les vents qui n’appartient à aucun et les porte tous.

J’aime ce pays. Pas d’un amour raisonnable. D’un amour fou. De ceux qui ne s’expliquent pas. De ceux qui brûlent.

J’aime ce pays qui donne quand on lui prend. Qui construit quand on le détruit. Qui ouvre ses portes à ceux qui lui crachent au visage, et qui leur prépare quand même le thé.

J’aime ce Maroc qui refuse d’entrer dans les cases qu’on lui dessine. Trop africain pour certains. Pas assez pour d’autres. Trop arabe. Trop amazigh. Trop ambitieux. Trop fier. Trop tout. Et c’est précisément ce trop qui me fait l’aimer jusqu’à la déraison.

J’aime cette terre qui m’a vu naître et qui me verra partir. Cette terre rouge et ocre, ces montagnes qui tutoient le ciel, cette mer qui nous a appris que l’horizon n’est pas une limite mais une invitation.

J’aime ce peuple qui sait rire et râler de tout sauf de l’essentiel. Qui accueille l’étranger comme un roi et traite le roi comme un père.

Tu m’as appris, mon pays, que la vraie grandeur n’est pas d’être aimé. C’est d’aimer quand même. De rester debout, digne, élégant, quand tout invite à la haine et à la rancœur.

On continuera. On ne fait pas le bien pour être aimés. On le fait parce que c’est inscrit en nous entre Tanger et Lagouira.

Mais qu’ils ne confondent jamais notre élégance avec de la faiblesse. Notre générosité avec de la naïveté.

Même la joue gauche a ses limites.

حنا هنا. كنا هنا. و غادي نبقاو هنا.

Dima Maghrib. Dima Africa.

Alma24

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